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Déjeuner-débat du SNBPE, le béton sans langue de boisInvité parmi les représentants de la filière béton réunis le 9 juin dernier par le Syndicat National du Béton Prêt à l’Emploi (SNBPE) à l’occasion d’un déjeuner-débat, l’ancien Premier Ministre Michel Rocard s’est exprimé sans mâcher ses mots. Compte-rendu d’une rencontre où il était autant question de densité, de fiscalité et de bois que de béton.publié le 24/06/2010Dans le cadre de sa campagne de promotion du béton à l’heure du développement durable, le Syndicat National du Béton Prêt à l’Emploi (SNBPE) organisait, le 9 juin dernier à la Maison des Centraliens (Paris), un déjeuner-débat dont l’invité d’honneur était l’ancien Premier Ministre socialiste Michel Rocard. L’effet était-il voulu ? En tout cas, la causticité de Michel Rocard a conféré de la légèreté à la rencontre ainsi que de la teneur aux propos et parfois une direction inattendue aux échanges. L’ancien Premier Ministre a en effet commencé par préciser avoir accepté l’invitation du SNBPE pour défendre la taxe carbone. "Je ne refuse aucun débat me permettant d’expliquer en quoi l’abandon de cette taxe est suicidaire", a-t-il dit. Le bois, sérieux concurrent
publicité "La première conclusion est que le matériau béton est tout à fait capable de répondre à la RT 2012 et même au-delà, à l’énergie positive", a souligné Emmanuel Haag. Deuxième conclusion : "Calculée sur un siècle, la différence entre l’empreinte carbone d’une maison en béton, en bois ou en brique est très faible, de l’ordre de 5 à 6%. L’étude a surtout montré que 80% du carbone émis est lié à l’usage". Comme attendu, les collaborateurs du SNBPE se sont succédés pour présenter les qualités du béton. Résistance, qualités esthétiques, aspects innovants tel le béton autonettoyant, inertie thermique, "une qualité oubliée", ont fait partie des caractéristiques mises en exergue. L’aspect peu onéreux du matériau ou la densité du maillage industriel ont également fait partie des aspects mis en avant. Avec des chantiers situés "à moins de 15 kilomètres des sites de production", la proximité représenterait un atout pour répondre aux besoins de 450.000 logements par an. En réaction aux propos d’Emmanuel Haag, Michel Rocard... s’est lancé dans l’apologie du bois, tout en fustigeant les fournisseurs en la matière. "Vous dites que l’empreinte carbone du béton est presque analogue à celle du bois mais le bois est un capteur de gaz carbonique", a-t-il souligné, avant de préciser : "Si nous n’utilisons pas suffisamment le bois c’est à cause du manque de dynamisme en matière d’exploitation de nos forêts"*. Alors que la France augmente chaque année la surface de ses forêts, "nous les gérons comme des instruments de musée national et quand nous utilisons du bois, nous l’importons !"*. Bref, dénonçant le fait que "le bois n’intéresse personne", Michel Rocard a qualifié le matériau, non sans humour face aux représentants de la filière béton lui faisant face, bâtisseurs et fournisseurs confondus, "d’avenir du bâtiment" qui pourrait, sous couvert d’exploitation efficace des forêts, représenter un sérieux concurrent. "Nous estimons que chaque matériau a sa place dans le bâtiment", a rétorqué, sur le même ton, Guy Sidos, vice-président du Syndicat Français de l'Industrie Cimentière (SFIC) et directeur général de Vicat. Mais le plaidoyer le plus convaincant était sans doute celui du PDG de l’entreprise de construction de maisons individuelles Chamois Constructeurs, Didier Demercastel. Ce dernier a notamment mis l’accent sur la forte inertie du béton, à l’inverse du bois "qui n’en a aucune". Bref, à chaque matériau son atout, inertie pour le béton, capteur de carbone pour le bois. Reste donc à mêler judicieusement les deux matériaux, ce que compte faire Didier Demercastel avec "une maison bois-béton", en cours d’étude avec l’Institut National de l’Energie Solaire (INES). A l’issu de cet échange, Michel Rocard a tenu à nuancer ses propos : "Mon plaidoyer pour le bois ne veut pas dire monopole". Estimant "qu’il y a une masse d’inventions possibles", Michel Rocard a souligné espérer "que la réglementation municipale permettra" la mise en oeuvre de telles solutions. Ville et Fiscalité A propos du développement durable, l’ancien premier Ministre a souligné que "les véritables changements concernent surtout les transports mais aussi nos manières d’habiter". "Nous n’avons pas seulement besoin de bâtiments neutres en consommation énergétique mais aussi, d’un urbanisme où nous aurons moins besoin de nous déplacer", dit-il. Et de mettre l’accent sur le réseau urbain. "Une maison doit être construite au regard de ce avec quoi elle communique". Une autre problématique urbaine fréquemment abordée durant le débat fut celle de la densification versus l’étalement. Frédéric Auclair, Président de l’Association Nationale des Architectes des Bâtiments de France (ANABF), a rappelé que "l’étalement a toujours existé, les centres débordent au-delà de leurs frontières et nous construisons le long des routes". A ce titre, Michel Rocard a fait plusieurs remarques. "La ville de Paris a perdu 400.000 habitants en 30 ans sur un espace où le potentiel demeure". Selon lui, revenus et fiscalité ont été les principales causes de cette migration. A l’heure où nous fuirions "vers une ruralisation anarchique, l’idée de redensification doit être réfléchie". "Plus l’habitat est dispersé, plus les réseaux sont consommateurs de gaz à effet de serre", a-t-il souligné par la suite. "Si les politiques étaient sérieux, il y aurait une fiscalité dissuasive de l’habitat dispersé", a-t-il assené. Selon l’ancien Premier Ministre, "il est clair que l’outil fiscal est l’outil majeur" pour aller vers un développement durable de nos villes. Or, ce dernier estime que depuis la réforme de la TVA sous Pierre Mendès France, "plus personne n’a réussi à faire bouger la fiscalité française". "Taxer la main d’oeuvre est idiot ; or, nous le faisons pour 4/5ème des produits fiscaux", dit-il. En conclusion, l’auteur du rapport sur la taxe carbone en 2009 est revenu à ses moutons. "Il faudrait que la France ait le courage de dire à l’Europe que le marché des quotas de gaz carbonique ne fonctionne pas et que, dans ces conditions, la taxe carbone devient la seule solution possible et doit monter en puissance pour remplacer, petit à petit, l’impôt sur le revenu", a-t-il notamment souligné à cet égard. Emmanuelle Borne * Lire à ce propose notre article 'Selon les professionnels de la filière bois la forêt française est en danger !'. |
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