|
|
Inscrivez-vous à notre newsletter
|
||
Entre le marteau et l’enclume, c’est Christian Baffy le forgeronEntre l’UPA qui tente d’élargir sa base de très petites entreprises et le MEDEF engagé dans une logique financière et mondiale, Christian Baffy, président de la Fédération française du bâtiment, fourbit ses armes. Explications.publié le 26/05/2004«La Fédération française du bâtiment (FFB) se porte bien», assure en substance Christian Baffy, son président, lors d’un entretien exclusif accordé à CyberBTP (A ce sujet, lire l’entretien en cliquant ici). Même si, de loin, elle peut paraître coincée entre le marteau et l’enclume. Le marteau ou l’accord de la discorde. L’accord sur le développement du dialogue social dans l'artisanat signé par l'Union professionnelle artisanale (UPA) et les cinq organisations syndicales représentatives (la CFDT, la CGT, la CGE-CGC, FO et la CFTC) le 12 décembre 2001 prévoit d'instaurer une contribution de 0,15% du montant de la masse salariale des entreprises artisanales afin de pouvoir assurer le financement du dialogue social.
publicité A la mi-mars dernier, la FFB et le MEDEF ont vu leur recours contre cet accord repoussé par le tribunal de grande instance de Paris qui en confirmait la légalité. Une décision qui faisait suite à celle du Conseil d'Etat datant du 30 juin 2003 qui avait déjà rejeté le recours déposé auprès de lui par les organisations syndicales patronales. Le MEDEF justement, l’enclume, dont la direction et les prises de position semblent de plus en plus dictées par des logiques financières et mondiales éloignées de la logique patrimoniale de la FFB. On peut noter par exemple que l’opposition de la FFB à l’accord interprofessionnel signé par l’UPA est de facture récente (2001) car la fédération s’était montrée beaucoup plus conciliante lors de la création de l’APNAB en 1995. Et nombreux sont les observateurs à penser que le président a été téléguidé par le MEDEF pour monter au créneau. Pourtant, Christian Baffy tient sincèrement, à l’écouter (où alors il est un formidable acteur), à la dimension humaine et patrimoniale des entreprises qu’il représente et à la qualité de vie de leurs salariés. Lui-même se souvient volontiers de repas partagés sur les chantiers – «le fromage étalé sur du papier journal» - et semble regretter le temps où les relations étaient plus conviviales. Il convient d’ailleurs volontiers qu’il n’évolue pas au quotidien dans le même monde que ses voisins au comité exécutif du MEDEF qui «commencent leur journée en regardant le cours de leurs actions en bourse» mais trouve «inexacte» l’image ‘CAC40’ qui colle à l’organisation patronale. Pour autant, Christian Baffy récuse l’analogie du marteau et de l’enclume. «Pour nous c’est une chance de représenter toutes les tailles des entreprises, du petit entrepreneur jusqu’à Vinci, de faire le lien entre tous ces acteurs pour un bon fonctionnement de la construction en France», dit-il tout en rappelant que le comité exécutif du MEDEF compte au moins 50 personnes issues des PME. Ce qui ne l’empêche pas à l’occasion de montrer ses muscles. Plutôt que de revendiquer une plus grande autonomie, il préfère donc exercer son influence au sein même de l’institution. Et s’il convient que les différences de points de vue ne manquent pas, il se targue de quelques succès. «Je pense qu’en n'y étant pas on perdrait un certain nombre de combats. Par exemple, si on n’avait pas été là pour le 1% logement - qui représente 12 milliards d’euros chaque année sur les 80 milliards d’euros de chiffre d’affaire du Bâtiment -, si on avait laissé faire, il n’y aurait plus de 1% Logement aujourd’hui. A chaque fois, il est préférable de continuer à discuter. Les patrons de grands groupes ont besoin d’avoir de temps en temps le point de vue du chef d’entreprise qui a les pieds dans la boue». ![]() C’est en gardant les pieds sur terre que le président de la FFB entend donc mener ses troupes tout en préservant à chaque fois, quels que soient ses interlocuteurs, sa capacité à négocier dans l’intérêt de ses adhérents et de la fédération qu’il préside. Non par esprit accommodant mais parce que c’est de la confrontation de points de vue que «naît le progrès». «Je suis convaincu que lorsqu’il y a un rapport de force, il y a un gagnant et un perdant», dit-il. Une qualité d’écoute et une capacité à communiquer ses idées qui a fini par convaincre Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, à faire un déplacement remarqué lors de la Convention de la FFB ; même si le timing, quelques semaines avant des élections régionales catastrophiques pour le gouvernement, n’était pas le plus heureux. Qu’on ne s’y trompe pas cependant. Christian Baffy écoute, il explique longuement quand c’est nécessaire, il est de nature plutôt joviale et ouverte. Mais, sans une once d’agressivité, il est parvenu à devenir un interlocuteur incontournable du gouvernement. Et sa réussite tant auprès du gouvernement Jospin que de Bruxelles concernant la TVA à 5,5% à de quoi faire pâlir d’envie le président des restaurateur qui, à ce jour, doit encore se contenter de vagues promesses. Christophe Leray |
Produits
|
|